UX et UI : l’architecte et le décorateur

Anne-Claire commence par poser les bases, avec une analogie qui parle à tout le monde : l’immobilier. L’UX, c’est l’architecte. Il pense la structure, le flux, les ouvertures, là où se situe chaque pièce, pour faciliter la vie de la personne qui va habiter dans cet espace. L’UI, c’est le décorateur. Il met en forme, il valorise l’expérience, il fait en sorte que ce soit beau, esthétique et cohérent avec ce qu’on attend.

L’un ne va pas sans l’autre. Un bon design, c’est la coopération de ces deux éléments : l’expérience et la mise en forme. Et cette réalité ne se limite pas aux logiciels. Comme le rappelle Anne-Claire, on interagit tous les jours avec des dizaines d’outils, d’écrans, de services où il y a une expérience utilisateur définie. La réservation au restaurant, le tableau de bord d’une voiture, une application mobile : tout est UX.

Ce qui compte, c’est de comprendre que cette réflexion s’applique pleinement à l’intranet. Et que concevoir un bon intranet, ça ne s’improvise pas.

💡 À retenir

UX = architecture de l’expérience.

UI = mise en forme visuelle.

Les deux sont indissociables pour créer un intranet que vos collaborateurs ont envie d’ouvrir.

Le ketchup et le scroll infini : deux leçons d’UX grandeur nature

Pour illustrer ce qu’est une expérience utilisateur transformée par l’observation, Anne-Claire raconte deux histoires.

La bouteille de ketchup

Pendant des décennies, le ketchup existait en bouteille de verre. Un produit iconique, adopté par des millions de personnes, inventé à la fin des 1800. Pourtant, un chef de projet en design a décidé d’observer comment le ketchup était réellement utilisé dans les foyers américains.

Il se rend chez une famille avec des enfants en bas âge. Il s’efface, laisse la famille agir comme d’habitude. Un enfant de 3 ans réclame du ketchup. La maman prend la bouteille, commence à la servir. L’enfant veut faire lui-même, la maman refuse parce que c’est difficile à contrôler. La frustration est là, des deux côtés.

Le designer comprend alors le problème : le produit est adoré, mais l’expérience est mauvaise. Le ketchup est un fluide non-newtonien, il ne descend pas facilement de la bouteille en verre. Il faut une pression pour le faire couler sur l’assiette, ce qui rend le geste difficile, surtout pour un enfant.

La réponse : la bouteille en plastique souple, à presser, avec le bouchon en bas. En supprimant cette frustration, ils ont répondu à un usage réel et amélioré l’expérience. La consommation de ketchup a bondi. C’est là où l’observation de l’utilisateur devient fondamentale pour créer une expérience de valeur.

La leçon : Observer l’utilisateur vaut mieux qu’essayer de deviner ce dont il a besoin. Ce n’est pas ce que vous pensez qui compte, c’est ce que votre collaborateur vit réellement.

Le scroll infini d’Instagram

L’autre exemple est tout aussi parlant. Quand c’est simple, notre cerveau dit encore. Le scroll infini d’Instagram a été conçu pour supprimer toute interruption, toute fin visible. La fluidité est telle que notre cerveau est tellement content qu’il en redemande. Curiosité sans interruption, absence de fin perceptible.

Ce n’est pas un accident. C’est un choix de design délibéré, fondé sur la compréhension profonde du comportement humain. Et c’est exactement cette logique qui doit guider la conception de votre intranet : faire simple, c’est compliqué. Mais c’est ce qui aide vraiment votre utilisateur.

Les personas : concevoir pour quelqu’un, pas pour tout le monde

On ne “design” pas pour tout le monde. On “design” pour quelqu’un. C’est la conviction centrale qu’Anne-Claire défend avec force, et elle l’illustre avec deux personas concrets qu’elle a créés comme exemples.

Victor, le nouveau collaborateur

Victor a environ 28 ans. Il est employé, basé à Paris. Il est motivé et curieux. Il aime comprendre rapidement les codes et les outils de sa nouvelle entreprise pour être opérationnel. Il a déjà connu différents environnements de travail, mais chaque entreprise a ses propres pratiques. Il a souvent l’impression de devoir réapprendre à chaque fois où trouver l’information. Il est à l’aise avec le digital sans être expert. Il attend des outils internes qui soient intuitifs, efficaces et qui l’aident à gagner du temps.

L’idée, c’est en lisant cette fiche de pouvoir se mettre dans les bottes de Victor et de se mettre à sa place pour trouver les informations et faire un parcours à sa place.

Alicia, la collaboratrice installée

Alicia a 42 ans. Elle est cadre, basée à Paris. Elle connaît bien l’entreprise, les équipes et ses processus. Elle a vu l’intranet évoluer au fil du temps. Elle est un peu critique, notamment sur les intranets actuels. Elle constate que les collaborateurs utilisent encore trop souvent les mails ou Teams pour des informations disponibles sur l’intranet.

Ces deux profils ont des besoins très différents, auxquels un bon intranet doit pouvoir répondre. Et on ne peut les connaître vraiment qu’en allant les rencontrer.

Les 4 étapes pour créer vos personas

  • Choisir un utilisateur cible simple mais représentatif (nouveau collaborateur, manager installé, etc.)
  • Collecter du concret via des interviews : 3 entretiens par cible suffisent pour identifier les grandes tendances
  • Comprendre les tâches quotidiennes, les outils utilisés, les documents consultés, ce qui fait perdre du temps, ce qui déclenche une décision
  • Formaliser dans une fiche : contexte, objectifs, tâches fréquentes, freins, processus actuels et une phrase “job to be done”

Nouveau call-to-action

Les grandes lois UX : des règles simples qui font toute la différence

Avant de conclure, Anne-Claire passe en revue quelques lois de design qui peuvent sembler évidentes, mais qui sont régulièrement ignorées lors de la conception d’un intranet.

La loi de Hick : simplifier pour faciliter la décision

Quand on a trop de choix, on est envahi. On est fatigué par la prise de décision parce qu’il y a trop de possibilités. Plus quelque chose est clair, efficace et sans surcharge, plus l’utilisateur aura une décision facile et sera satisfait. Peu importe l’âge, le cerveau déteste les efforts superflus.

Exemple concret : un collaborateur veut poser des congés. Si l’information est éparpillée sur trois rubriques différentes, il devra fournir un effort, sera frustré, et il y a de fortes chances qu’il abandonne ou utilise un autre canal. Plus c’est simple, plus l’utilisateur va y aller sans fatigue, avec moins de risques d’abandon et moins de frustration.

La loi de Jacob : la familiarité rassure

Quand on sort un logiciel, on a souvent envie d’un effet waouh. On veut que ce soit différent, beau, génial. Mais on a tendance à s’éloigner des choses qu’on connaît, et ce n’est pas forcément une bonne chose. Vos collaborateurs passent énormément de temps sur leurs ordinateurs et sur d’autres plateformes. Ils ont des habitudes. Reprendre des codes familiers permet à votre utilisateur de se retrouver beaucoup plus facilement, de trouver l’information plus vite et de se sentir compétent, dans un endroit qu’il connaît déjà.

La règle de Gestalt : grouper pour clarifier

Quand on regroupe, on simplifie, on hiérarchise. Quand les informations sont regroupées visuellement, c’est toujours plus simple de s’y retrouver que si plusieurs éléments sont mélangés sans logique. L’idée est de simplifier, faciliter, lutter pour ne pas faire complexe, et ranger visuellement pour que ce soit ordonné, structuré et que ça permette de guider le regard.

Ce qu’Anne-Claire veut que vous reteniez

Un bon design, c’est un design clair, humain, intentionnel. Il organise l’information, guide l’œil, réduit l’effort. Il aide, il simplifie, il clarifie, il rassure.

On veut que ça fasse du waouh, mais c’est vraiment en faisant simple qu’on y arrive. Faire simple, c’est compliqué. C’est réel. Mais faire simple, c’est vraiment ce qui aide votre utilisateur.

Vous créez un intranet pour des personnes. N’hésitez pas à aller les voir, à créer des personas, et à concevoir un intranet utile qui soit vraiment utilisé par vos collaborateurs.

Rita Al Hayek

Rita Al Hayek

Junior Field Marketing Manager